BARBARA

La Solitude


Je l'ai trouvée devant ma porte
Un soir que je rentrais chez moi
Partout elle me fait escorte
Elle est revenue la voilà
La reniffleuse des amours mortes
Elle m'a suivie pas à pas
La garce, que le diable l'emporte
Elle est revenue, elle est là


Avec sa gueule de carême
Avec ses larges yeux cernés
Elle nous fait le coeur à la traine
Elle nous fait le coeur à pleurer
Elle nous fait les matins blêmes
Et de longues nuits désolées
La garce, elle nous ferait même
L'hiver au plein quart de l'été


Dans ta triste robe de moire
Avec tes cheveux mal peignés
T'as la mine du desespoir
Tu n'es pas belle à regarder
Allez vas t'en partir ailleurs
Ta triste gueule de l'ennui
Je n'ai pas le goût du malheur
Vas t'en voir ailleurs si j'y suis


Je veux encore rouler des hanches,
Je veux me soûler de printemps
Je veux m'en payer des nuits blanches
Un coeur qui bat à coeur battant
Avant que sonne l'heure blême
Et jusqu'à mon souffle dernier
Je veux encore dire je t'aime
Et vouloir mourir d'aimer


Elle a dit "ouvre-moi ta porte
Je t'avais suivie pas à pas
Je sais que tes amours sont mortes
Je suis revenue, me voilà
Ils t'ont récité leurs poèmes
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine
Et bien, c'est fini maintenant."


Depuis, elle me fait des nuits blanches
Elle s'est pendue à mon cou
Elle s'est enroulée à mes hanches
Elle se couche à mes genoux
Partout elle me fait escorte
Et elle me suit pas à pas
Elle m'attend devant ma porte
Elle est revenue, elle est là


La solitude
La solitude

(Barbara/Barbara, Éditions Métropolitaines)